C’est donc la peur qui a pris le dessus, et celle-ci ne peut aboutir à imposer sa loi que si elle est travaillée et promue par un processus de diabolisation à outrance.
C’est ce que semble nous apprendre l’épisode Burqa dans le traitement réservé à l’Islam de France, et à ses musulmans.
Certes, des voix s’élèveront pour dire, non ! Cette pratique ne relève pas de l’Islam !
Propos imprécis, mais il est incontestable qu’il ne s’agit, concernant le voile facial, que d’une certaine lecture et interprétation des références musulmanes. Se voiler la face étant une pratique tellement minoritaire, et faiblement fondée qu’un conseil judicieux à donner aux femmes qui l’ont choisi, c’est qu’elles fassent l’effort de compréhension pour rompre avec un tel vêtement. Encore faut-il leur reconnaitre le droit au débat et à la compréhension….
Mais là n’est pas le problème.
Ce qui est dérangeant, c’est que les bons esprits de tous bords invoquent des arguments louables en apparence, mais qui cachent une stigmatisation réelle des musulmans. Comment peut-il en être autrement lorsque dans notre pays, qui se veut un exemple dans le respect des libertés individuelles, on aura recourt à une loi de portée générale sur un phénomène marginal ?
Ces bons esprits invoquent le respect de la dignité des femmes, au moment même où des scandales de meurs frappent des filles mineures et chosifiées. Le sujet du proxénétisme touche certainement beaucoup plus de filles, mais ce ne doit pas être un sujet politiquement vendeur…. La dignité rime avec la liberté, et, sauf études sérieuses, beaucoup de filles portant la burqa, n’en déplaise aux essentialistes, ont choisi de le faire...
Une fois la loi annoncée promulguée, il n’y aura pour ces femmes, qui, rappelons-le croient dur comme fer à ce qu’elles font, que deux choix : enlever leur burqa, ce qui me semble difficile pour des jeunes personnes pour la majorité, qui ont eu le courage de résister aux railleries de tous genres, et qui ne perdront certainement pas ce courage sous la contrainte de la loi. Ce qui signifie plus d’exclusion pour elles…
Une seconde option sera, pour elles, de se soustraire à la société, à défaut de ne pouvoir y soustraire la visibilité de leur visage. Et là, si leur pratique est dictée par la pression d’un homme, mari, frère ou père, vous imaginez qu’une telle loi annoncée n’est pas de nature à les émanciper.
On en reviendra un jour à intimer l’ordre, à ces filles, de quitter la France et retourner à leur pays. Sauf que les deux (la France et ce pays) pour la plus part d’entre elles, ne font qu’un !
Ce qui est étonnant, bien que tout à fait compréhensible lorsqu’on instrumentalise les crispations, c’est que la loi annoncée, se fera envers et contre toutes les sages recommandations, à la fois de la commission nationale consultative des droits de l’Homme et du Conseil d’Etat. La première formule « les recommandations suivantes visant à guider les réflexions du Gouvernement et du Parlement sur le port du voile intégral :
1. En premier lieu, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme n’est pas favorable à une loi prohibant de manière
générale et absolue le port du voile intégral.
………..
6. Elle souhaite que, parallèlement, des études sociologiques et statistiques soient réalisées, afin de suivre l’évolution du port du voile intégral ». (http://www.cncdh.fr/IMG/pdf/10.01.21_Avis_sur_le_port_du_voile_integral.pdf)
Le Conseil d’Etat, quant à lui, a formulé les mêmes conclusions en déclarant :……… « A l’aune des différentes exigences énumérées ci-dessus, il apparaît qu’une règle prohibant la dissimulation du visage dans l’ensemble de l’espace public serait très fragile ».
(http://www.conseil-etat.fr/cde/media/document/avis/etude_vi_30032010.pdf)
Mais lorsque les calculs politiciens prennent le dessus, on n’a pas trop le temps de « réfléchir », ni de faire des études statistiques et sociologiques.
On fait semblant d’organiser un débat parlementaire, qui n’a de débat que le nom. On s’agite pour faire croire aux électeurs que face au chômage et à la crise sociale, on agit quand-même…Peut importe que ce ne soit pas contre les vrais problèmes.
Bref, on peut aller jusqu’à risquer une loi non constitutionnelle. Pourquoi pas demain, un référendum…. La suisse (avec ses minarets) n’est pas si loin.
Hassan SAFOUI
PS : le forum ci-dessous est modéré à priori.