Définition
C’est une purification spécifique avec de l’eau concernant le visage, les mains, les cheveux et les pieds. C’est une obligation pour l’accomplissement de la Prière (salat) : « Ô vous les croyants ! Lorsque vous vous levez pour la salat, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes ; et lavez vous les pieds jusqu’aux chevilles » (Sourate 5 La Table (Al-Mâ’ida), verset 6)
Statut juridique
Les ablutions sont une obligation pour l’accomplissement de la prière.
Le Prophète (psl) dit : « Allah n’accepte pas la prière (salat) de l’un d’entre vous quand il a eu un hadath (urines, gaz intestinal), qu’après avoir fait les ablutions. » (Al Boukhari et Mouslim)
Mérites
Le Prophète (psl) a dit : « Voulez vous que je vous indique ce qui absout les pêchés et élève en degrés ? » - "Oui ! " dirent les compagnons. « C’est, répondit-il, faire ses ablutions avec soin, même dans les conditions difficiles (fatigues ...), se rendre fréquemment à la mosquée et attendre la Prière (salat) à venir après celle déjà accomplie. Voilà ce qui équivaut le ribat (camper au frontière et garder en permanence le territoire musulman des attaques ennemies), c’est le ribat, c’est le ribat » (Mouslim)
« Quand le musulman fait ses ablutions et se lave le visage, tous les péchés commis par les yeux tombent avec l’eau ou avec la dernière goûte d’eau. Quand il se lave les mains tous les péchés commis par elles, tombent avec l’eau ou avec la dernière goutte d’eau. Quand il se lave les pieds, chaque péché auxquels ils l’ont amené tombe avec l’eau ou avec la dernière goutte d’eau. Il sort ainsi pur de tout péché. » (Malik, An-Nasa-y, Ibn Majah et Al-Hakim)
Les actes obligatoires des ablutions
- L’intention (sauf chez les hanafites)
- Laver le visage. (Les hanbalites y ajoutent le nez et la bouche car ils font parties du visage)
- Laver les mains jusqu’aux coudes compris
- Passer les mains mouillées sur : toute la tête chez l’imam Malik et l’imam Ahmed, une partie chez Abou Hanifa (le quart) et ash-Shafi’i (quelques cheveux au début de la tête).
- Notons que l’avis des shafi’ites peut s’avérer très pratique dans notre contexte, en particulier pour les femmes, en voyage ou se trouvant à des endroits où elles ne peuvent ôter leurs « hijabs ». Il leur suffit alors de passer les mains humides sur quelques cheveux à partir de l’extrémité du front, puis les passer sur le « hijab ».
- Laver les pieds jusqu’aux chevilles comprises
- Observer l’ordre prescrit des actes obligatoires. Ceci est une sunna chez les hanafites et malikites.
Les actes recommandés (Sunna) des ablutions
- Dire « Bismillah » au début des ablutions
- Se brosser les dents (Siwak)
- Se laver les mains jusqu’aux poignets, 3 fois au début des ablutions.
- Se laver la bouche et le nez (ceci est une obligation pour les hanbalites).
- Se laver entre les doigts et les orteils, et passer les doigts dans la barbe en lavant le visage.
- Répéter chaque acte 3 fois.
- Commencer par le côté droit en se lavant les mains et les pieds.
- Passer la main avec l’eau (ad-dalk), et exécuter tous les actes sans interruption (al-mouwalat). Ad-dalk est une obligation chez les Malikites et al-mouwalat est une obligation chez les malikites et hanbalites.
- Essuyer les oreilles.
- Pousser le lavage du visage et des pieds au delà de ce qui est exigé : « Ma communauté viendra, le Jour de la Résurrection, marqué de taches blanches aux visages et aux pieds, ce sont les traces des ablutions. Celui qui peut étendre ces taches, qu’il le fasse » (Al-Boukhari et Mouslim)
- Réciter l’invocation à la fin des ablutions :
أشْهَدُ أنْ لاَ إلَهَ إلاَّ اللَّهُ وَحْدَهُ لاَ شَرِيكَ لَهُ، وَأشْهَدُ أنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ،
اللَّهُمَّ اجْعَلْنِي مِنَ التَّوَّابِينَ واجْعَلْنِي مِنَ المُتَطَهِّرِينَ
« Ash-hadou alla ilaha illallah, wahdahou la chariika lah, wa ash-hadou anna mohammadan ’abdouhou wa rasoulouh. Allahoumma idj’alni minat-tawwabina wadj ’alni minal moutatahhirine »
« Je témoigne qu’il n’y a de dieu qu’Allah unique et sans associé et que Mohammad est son Serviteur et son Messager. Ô Allah ! Fais en sorte que je sois du nombre de ceux qui se repentent et de ceux qui se purifient »
Remarque : Tout ce qui a été relaté concernant les invocations pendant les ablutions n’est pas authentique.
- Accomplir 2 rakaas après les ablutions : « Quiconque fait ses ablutions avec soin et accomplit ensuite deux rakaas en y mettant tout son cœur et toute sa tête, le Paradis lui sera un dû » (Mouslim, Abou Daoud et Ibn Majah)
Comment faire les ablutions
Houmran, l’affranchi de Othman, que Dieu les agrées, a rapporté que ce dernier demanda qu’on lui apporte de l’eau, pour faire ses ablutions. Il les fit de la manière suivante : Il se lava les mains trois fois, se rinça la bouche, aspira de l’eau avec le nez, puis l’expira, se lava le visage trois fois, se lava sa main droite jusqu’au coude trois fois, ainsi que sa main gauche, puis il passa les mains mouillées sur sa tête, enfin se lava le pied droit jusqu’à la cheville, ainsi que son pied gauche, et dit à la fin : « j’ai vu le Prophète (psl) faire ses ablutions de la même manière que je les ai faites. Ensuite le Prophète a dit : « Celui qui fait ses ablutions de la même façon que je les ai faites et qu’ensuite il se lève pour accomplir deux rakaas sans penser à autre chose hormis la prière, verra ses péchés effacés. » (Al Boukhari et Mouslim)
Ce qui annule les ablutions
Ce qui fait l’unanimité chez tous les savants
- Tout ce qui sort des deux voies naturelles.
- Le sommeil profond avec perte totale de conscience.
Si le sommeil n’est pas profond, en position assise, il n’annule pas les ablutions. En effet, Anas (que Dieu l’agrée) rapporte que « lorsque les compagnons du Messager (psl), de sa vie, attendaient la prière du Icha, ils somnolaient parfois, et dodelinaient de la tête. Ensuite, ils se levaient pour accomplir la salat sans refaire les ablutions » (Mouslim)
- La perte de conscience sous l’effet d’une folie, de l’évanouissement, de l’ivresse, d’un médicament…
Ce qui soulève une divergence
- Toucher ces parties intimes sans obstacle :
- Annule les ablutions pour l’imam ash-Shafi’i et Ahmed : « Quiconque touche sa partie intime doit renouveler ses ablutions » (Abou Daoud, at-Tirmidhi, an-Nasa-y, Ibn Majah et Ahmed)
- N’annule pas chez les hanafites. Interrogé sur cette question le Prophète (psl) répondit : « Non, il ne s’agit que d’une partie de ton corps » (Abou Daoud, at-Tirmidhi, an-Nasa-y, Ibn Majah et Ahmed).
- Pour les malikites il est préférable de refaire les ablutions.
- Annule lorsque le touché est accompagné d’un désir sinon il n’annule pas, ceci est l’avis de Ibn Taymiya.
- Il est recommandé de les refaire si le touché est accompagné d’un désir. Ceci est l’avis de cheikh al-Qaradawi (dans son livre « fiqh at-Tahara »)
- L’écoulement de sang en grande quantité chez les hanafites (ils se basent sur un hadith jugé faible).
- Le vomissement en grande quantité chez les hanafites, conformément au hadith rapporté par at-Tirmidhi selon lequel le Prophète (psl) a renouvelé ses ablutions après avoir vomi.
Quant à ash-Shafi’i et Malik, ils considèrent que le vomissement n’annule pas les ablutions car il n’y a aucun hadith explicite qui le prouve. Quant au hadith rapporté par at-Tirmidhi, il indique simplement qu’il est recommandé de refaire les ablutions après vomissement (car selon la science des fondements du droit musulman, les actes du Prophète (psl), non appuyés par la parole, ne peuvent impliquer au-delà du caractère recommandé)
- Le fait qu’un homme touche une femme :
- Cela annule les ablutions chez les shafi’ites (se conformant à la signification littérale du verset « .... ou si vous avez touché aux femmes » (5 :6)
- Cela n’annule pas les ablutions chez les malikites et hanbalites sauf si le touché est accompagné de désir.
- N’annule pas les ablutions pour les hanafites (considérant que le mot « toucher » ainsi que ses dérivés dans le Coran est une allusion aux rapports sexuels). Aïsha (que Dieu l’agrée) rapporte que le Prophète (psl) embrassaient certaines de ses épouses, puis partait pour la prière sans refaire ses ablutions (Abou Daoud, at-Tirmidhi, an-Nasa-y, Ibn Majah et Ahmed). Elle dit également : « Je dormaient devant le Prophète (psl), mes pieds se trouvant dans sa « qibla ». Lorsqu’il voulait se prosterner, il poussait mon pied » (al-Boukhari et Mouslim)
- L’éclat de rire chez les hanafites (Ils se basent sur un hadith jugé faible).
- Lorsque quelqu’un a fait ses ablutions et que par la suite il doute : les a-t-il perdu ou pas ? ce doute n’annule pas les ablutions. Par contre, s’il est sûr d’avoir perdu ses ablutions et qu’ensuite il doute : les a-t-il fait ou pas ? dans ce cas, il doit refaire ses ablutions. La règle étant que « la certitude ne peut être dissipée par le doute ».
Les actes exigeant les ablutions
- La prière (y compris la prière mortuaire).
- La circumambulation (Tawaf) autour de la Ka’ba.
- Toucher une copie du Coran (Ibn ‘Abbas et d’autres savants estiment qu’il est permis de toucher la copie du Coran sans avoir les ablutions).
Les cas ou les ablutions sont recommandées
- Pour l’invocation de Dieu
- Avant de se coucher
- Pour celui qui est en état d’impureté majeure (djanaba), lorsque celui veut manger boire, dormir, ou avoir à nouveau des rapports sexuels
- En commençant le ghosl
- Renouveler les ablutions pour chaque prière.
Passer les mains mouillées sur les chaussons (Khofs)
Al-Moughira Ibn Cho’ba, que Dieu l’agrée, dit : « J’étais en voyage en compagnie du Prophète psl). J’ai voulu lui ôter ses bottines pendant ses ablutions, mais il me dit : « laisse-les car je me suis chaussé en état de pureté », et il passa les mains mouillés dessus ». (Al Boukhari et Mouslim)
Conditions de cette opération
- Mettre les bottines (khofs) en ayant les ablutions.
- Les bottines ne doivent pas être souillées.
- Elles doivent couvrir les parties obligatoires à laver en l’occurrence les pieds et les chevilles.
- Les Shafi’ites rajoutent : la possibilité de marché avec ces « khofs » pendant trois mois et trois nuits pour le voyageur, un jour et une nuit pour le résident.
Combien de temps peut-on avoir recours à cette opération
- 24 heures pour le résident
- 3 jours et 3 nuits pour le voyageur.
Sur quelle partie du khofs doit-on faire le mas-h ?
- Sur le dessus sans fixer de limites précises
Ce qui annule le mas-h
- Tout ce qui annule les ablutions.
- Etre dans l’obligation d’accomplir le ghosl.
- Le dépassement de la durée validité du mas-h (sauf chez les malikites).
Lorsqu’on enlève les deux khofs ou l’une des deux
Il existe à ce sujet trois avis :
- Pour les shafi’ites et hanafites : Se laver uniquement les pieds, sans refaire entièrement les ablutions (étant donné que la succession des actes des ablutions sans interruption « al-mouwalat » est pour eux un acte recommandé).
- Pour les malikites et hanbalites : Refaire les ablutions entièrement (puisque « al-mouwalat » est pour eux une obligation).
- L’avis de Ibn Taymiya : Ne rien faire car les ablutions restent valides. En effet, al-Bayhaqi et at-Tahawi rapportent que ‘Ali fit ses ablutions et passa les mains humides sur ses bottines. Puis, il entra à la mosquée, enleva ses bottines et dirigea la Prière.
Passer les mains mouillées sur les chaussettes
- Al Moughira Ibn Cho’ba rapporte : « Le Prophète (PSL) fit ses ablutions. Il passa les mains mouillées sur les chaussettes et les bottines » (Ahmed, Abou Daoud, Ibn Majah et At-Tirmidhi).
- Un grand nombre de compagnons ont rapporté la permission de le faire, parmi eux : Ali Ibn Abi Talib, Ibn Massaoud, Ibn Omar, Anas Ibn Malik, Ammar Ibn Yasser, Bilal, Al-Bara Ibn ‘Azib, Abou Oumama, Sahl Ibn Saad, ‘Amrou Ibn Hourayth, Saad Ibn Abi Waqqas.
- Les hanafites et les hanbalites le permettent. Les shafi’ites estiment que les chaussettes doivent être épaisses et utilisables pour la marche.
Passer les mains mouillées sur les pansements
Si le lavage du membre malade est préjudiciable ou s’il est impossible de l’atteindre à cause d’un bandage ou autres, il est permis de recourir au mas-h en passant les mains humides sur les bandes (ou autres).
Thawban, que Dieu l’agrée, rapporte que : « Le Prophète (psl) envoya une expédition et leur recommanda, à cause du froid, de passer les mains mouillées sur les bandages et les bottines. » (Ahmed et Abou Daoud)
Moncef ZENATI