Le Nouvel An musulman ou le rappel des bases

Chaque année, le monde musulman commémore un événement d’une grande ampleur et d’une importance considérable dans leur histoire, il s’agit de l’Hégire. Celle-ci rappelle le voyage entrepris il y a quatorze siècles par le dernier messager de Dieu, Mohamed, prière et salut de Dieu sur lui, entre sa ville natale de La Mecque et la ville de Médine.

 

Ereinté par les persécutions commises par  les Qoraïchites à son encontre et à celle de ses compagnons, le messager d’Allah reçut l’ordre divin  de quitter ce milieu hostile à sa “Da’wa”- invitation à l’islam – pour se rendre à quatre cent cinquante kilomètres dans la ville de Yathrib qu’il renomma plus tard Al madina Al mounawwara, la cité illuminée.

 

Cette émigration n’est pas la première effectuée par les premiers musulmans puisque le prophète Mohamed avait déjà autorisé, cinq ans après le début de sa mission, un groupe composé de onze hommes et de quatre femmes à aller en Ethiopie pour demander l’asile auprès du roi  chrétien le Négus qui leur avait ouvert ses bras. Un autre groupe de quatre-vingts personnes fit le même voyage vers la même destination quelques temps plus tard. Le messager d’Allah n’oublia jamais ce geste du roi Négus, il dirigea en sa mémoire un office funéraire en disant  à ses compagnons : «  Un de vos frères est décédé aujourd’hui ». En pleine mission d’appel à l’islam, le messager de Dieu était conscient de l’importance de tisser des liens de fraternité dans l’humanité avec ceux qui ne partageaient pas ses convictions. L’aspect géopolitique de sa mission se dessinait à l’horizon.

 

Ressentant l’imminence d’une directive divine, le messager d’Allah prit de l’avance en envoyant à Médine deux de ses compagnons, Mos’ab ibn Oumayr et Ibn oum Maktoum, pour apprendre l’islam aux médinois. Ils furent suivis d’un autre groupe de compagnons, à leur tête Omar ibn Al khattab qui décida de quitter la Mecque sans la moindre discrétion, en défiant les notables Qoraïchites  les plus hostiles au message de l’islam. Il les menaça avec ces propos : « Quiconque veut faire de son épouse une veuve, de ses enfants des orphelins ou veut que sa mère le pleure, qu’il me suive derrière cette colline!».

 

L’envoi de cette délégation s’inscrit dans une liste de démarches que Mohamed, leader et prophète à la fois, s’apprêtait à faire afin de réussir l’évènement qui allait marquer l’histoire et changer le cours de l’humanité entière : l’Hégire. Après le départ des premiers émigrants, le bruit du départ du messager d’Allah de la Mecque commençait à courir. Les Qoraychites décidèrent à l’unanimité de le tuer en y faisant participer un membre de chaque  tribu. Dieu informa Son messager du complot qui se jouait et lui ordonna de quitter à son tour la ville de la révélation du message – La Mecque – pour se rendre à la cité qui allait permettre à ce dernier de se propager et d’atteindre d’autres horizons.

 

Sans attendre, il demanda à son fidèle compagnon Abou Bakr de l’accompagner dans  son voyage qui n’allait pas être sans risque. Armé de confiance en Dieu, Mohamed, prière et salut de Dieu sur lui, ne s’empêcha pas de réunir toutes les conditions pour réussir son périple. De la discrétion la plus totale au choix d’un guide de confiance non musulman en passant par la désignation d’un informateur, le messager d’Allah ne laissa pas le hasard jouer ses mauvais tours dans un moment où l’ingéniosité et la planification devaient être de mise. La nuit de son départ, il demanda à son jeune cousin Ali de se coucher dans son lit afin de dérouter ses détracteurs, à son épouse Aïcha et sa belle-sœur et fille de Abou Bakr Asma de préparer les montures et les vivres, au jeune et éveillé Abdallah fils de Abou Bakr de le tenir informé des dernières nouvelles dans le camp adverse. La démarche du prophète est digne d’un leader qui sait exploiter toutes les compétences en les plaçant à l’endroit qui leur sied. En agissant de la sorte, le prophète a voulu montrer qu’avoir la foi en Dieu ne doit pas exclure la prise de dispositions nécessaires pour réussir telle ou telle tâche, la foi doit rimer avec les lois naturelles établies au service de l’homme dans ce monde par le suprême Créateur. Le messager d’Allah était cet homme pragmatique que Dieu a voulu qu’il soit le modèle à suivre dans tous les domaines de la vie.

 

Le trajet jusqu’à Médine n’était pas sans embûches, les Qoraïchites mirent la tête du prophète et de son compagnon à prix et lancèrent à leur poursuite des tueurs à gages dont le plus marquant fut Soraqa ibn Malek. Ce dernier fut un témoin oculaire de miracles du messager d’Allah le conduisant ainsi à renoncer à le poursuivre. Le prophète lui promit en récompense les bracelets du Roi de Perse, Kissra, qu’il récupéra des années plus tard des mains du calife Omar après la chute de l’empire perse. L’homme réaliste que fut le messager d’Allah n’hésita pas à se cacher pendant trois jours dans la petite grotte de Thawr à l’abri des regards des poursuivants, mais constamment couvert par la protection du Tout-Puissant. Le cœur confiant il rassurait sans cesse son fidèle compagnon  avec ces propos : « Que penses-tu de deux dont leur troisième est Allah ? ».

 

Les Ansars, habitants de Médine, s’impatientaient tout en craignant le pire pour le messager d’Allah et son partenaire de route qui arrivèrent à Qobae, à quelques kilomètres de Médine le lundi 12Rabi’I. Le prophète y construisit la première mosquée dont Allah fait l’éloge dans son noble Livre car elle fut construite sur la crainte de Dieu. Ce n’est pas un hasard que la première chose que fut le prophète soit l’édification d’un lieu de regroupement des musulmans. Une intelligence associée à une perspicacité irréprochable distinguait  le caractère du messager d’Allah dans toutes les décisions qu’il prenait.

 

C’est avec un accueil digne de la personne du messager d’Allah que les Ansars lui ont ouvert leurs cœurs et leurs bras le vendredi de la même semaine. Il arriva à Médine sur le dos de sa chamelle que Dieu guida depuis les sept cieux vers l’endroit prédestiné à accueillir la première brique de la mosquée de Son messager. Après avoir séjourné pendant sept mois chez Abou Ayoub et son épouse, il s’installa dans ses appartements attenant à sa mosquée. Une nouvelle ère de l’islam débutait. Le messager d’Allah commença par la construction d’un centre de rassemblement via la mosquée à laquelle lui-même avait participé. Il établit ensuite des liens de fraternité entre les arrivants démunis et les autochtones afin d’assurer l’amour et la solidarité entre les deux groupes.

 

Nul ne pouvait prétendre être supérieur à l’autre que sur la base de la piété. L’existence à Médine d’autres communautés chrétienne et juive n’a pas perturbé l’installation des bases de la nouvelle société car le prophète Mohamed entendait bien composer avec elles via la charte de Médine, Sahifat al Madina, qui allait dicter les règles de vie sociale entre les différents groupes, toutes confessions et tendances confondues.

 

Le choix même de changer le nom de Yathrib en Médine est emblématique. Yathrib devient la Cité, synonyme de civilité et de civisme. La pensée tribale est dorénavant remplacée par une pensée  sociale pour le grand groupe quel que soit ses origines ou ses convictions.

 

L’émigration à Médine fut choisie par le calife Omar des années plus tard, en 638, pour marquer le début du calendrier musulman, la naissance réelle de la Oumma. Une décision chargée de symboles que les porteurs de l’étendard de  l’islam et à leur tête leur précurseur Mohamed, prière et salut de Dieu sur lui, ont voulu apposer jusqu’à la fin des temps sur le véritable message de la mission du prophète.

 

En effet, l’Hégire n’est pas un simple ou ordinaire évènement dans l’histoire des musulmans, sa portée dépasse toutes les dimensions.  C’est une leçon pour l’humanité entière qui cherche à vivre dans la paix, la stabilité, la cohabitation multiculturelle et multi confessionnelle. L’Hégire, signifiant l’émigration ou l’exil, est avant tout une volonté divine. C’est une invitation à quitter un lieu pour un autre meilleur ou une situation pour une autre meilleure. C’est un effort permanent sur soi pour réfuter l’aliénation et l’asservissement quels qu’ils soient. L’homme est venu sur terre pour la peupler de la meilleure des façons, pour y faire régner la paix, l’amour, la justice et défendre les valeurs de l’entraide,  de l’altruisme, de la générosité et de l’honnêteté.

 

Il doit lutter par tous les moyens qu’il maitrise contre toutes formes de violence, d’injustice, de haine, de débauche et de corruption, bannir l’oisiveté et exhorter à l’action et à la créativité. Les sociétés sont composées d’individus qui devraient constamment effectuer ce voyage dans le temps et dans l’espace. Se remettre régulièrement en question c’est d’abord réfléchir en « nous » et non en « je », afin que le bien soit équitablement réparti. Ce monde qui nous entoure est le nôtre, nous nous devons  de préserver son environnement, ses individus et toutes les espèces qui le composent. C’est un devoir humanitaire, un contrat entre le Créateur et Ses créatures.  Une violation des clauses de ce contrat conduira l’humanité vers le chaos et la perdition, un respect solennel par tout un chacun des valeurs qui régissent notre monde est une paix assurée pour toutes les sociétés.

 

La Rédaction.

13 octobre 2015.

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