Journée Nationale contre l’Echec Scolaire : La parole aux enfants de ZEP

D’un côté, il y a l’enfant qui aime bien l’école, mais ne comprend pas forcément ce qu’on attend de lui. A la maison, il a besoin d’aide, mais ses parents ne sont pas toujours armés pour l’aiguiller. Il part rarement en vacances, lit peu, fréquente davantage le centre aéré que les musées. De l’autre, il y a l’enfant qui a intégré les « codes » de l’école, qui est aidé par ses parents, voyage, est entouré de livres, va voir des spectacles…

 

C’est ce contraste saisissant que laisse transparaître l’enquête de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), publiée mercredi 24 septembre. Chaque année, à l’occasion de la Journée nationale du refus de l’échec scolaire, l’association – qui regroupe un réseau d’étudiants solidaires intervenant dans les quartiers populaires –, donne la parole à des jeunes qu’on entend peu : l’an dernier, les lycéens professionnels, il y a deux ans, les « décrocheurs », cette année, les écoliers.

 

« MIEUX PALPER CETTE RÉALITÉ QU’ON A L’HABITUDE D’ENTENDRE OU DE LIRE »

 

L’enquête, réalisée avec le cabinet d’études Trajectoires Reflex, a été menée dans cinq villes. 633 élèves de CM1-CM2 ont été interrogés, pour moitié issus de quartiers « prioritaires » (au sens de la politique de la ville et/ou de l’éducation nationale), pour moitié de quartiers favorisés, notamment des centres-villes. Les enfants ont été questionnés sur leur vécu à l’école, leurs loisirs, leur rythme de vie… Il en ressort une longue liste d’inégalités face à la réussite éducative qui viennent se cumuler. « L’originalité de l’enquête, c’est de les quantifier, souligne Valérie Pugin, du cabinet Trajectoires Reflex. Ainsi, on parvient mieux à palper cette réalité qu’on a l’habitude d’entendre ou de lire. »

 

Au fil des questions, il apparaît que 10 % à 20 % des enfants de quartiers prioritaires se trouvent « dans un état de dénuement culturel particulièrement important », souligne l’AFEV. Ils ne partent jamais en vacances, ne vont jamais voir un spectacle, visiter un musée ou même le centre-ville. Ils n’ont pas de livres et n’en ont jamais reçu en cadeau. Ils disent n’avoir personne pour les aider à la maison, se couchent tard… Ce sont ces enfants que les quelque 7 000 bénévoles de l’AFEV accompagnent en priorité – à raison de deux heures par semaine –, dans les quartiers défavorisés.

 

Plus globalement, les chiffres communiqués par l’AFEV pointent du doigt un « capital culturel » très inégal selon les familles. Les enfants des quartiers prioritaires disent moins lire, le soir, avant de s’endormir (47 % contre 77 % des enfants de quartiers favorisés). Ils pratiquent moins souvent une activité artistique (26 % contre 55 %) ou sportive (52 % contre 79 %). Vont moins au musée en famille (35 % contre 76 %), ou voir un spectacle (59 % contre 81 %). Ils partent moins durant les petites vacances (37 % contre 73 %). « Ces écarts sont particulièrement importants dans la mesure où ils impactent nécessairement la trajectoire scolaire des enfants et leurs capacités à comprendre et acquérir les savoirs scolaires », rappelle l’AFEV.

 

MOINS « INITIÉS À LA CULTURE SCOLAIRE »

 

Les enfants des quartiers prioritaires ne sont pas moins nombreux que les autres à aimer l’école (76 %, dont 36 % « beaucoup » et 40 % « un peu », contre 80 % des autres enfants). Ils sont tout aussi confiants dans leur capacité à réussir le collège : la moitié pense que lorsqu’ils y seront, ils feront partie du groupe des « très bons élèves » et 42 % des « moyens » (contre respectivement 35 % et 63 % des élèves de quartiers favorisés). En revanche, ils s’ennuient davantage l’école (29 % contre 15 %), et 37 % disent ne pas toujours comprendre ce qu’on leur demande de faire (contre 17 %). Ce ressenti témoigne du fait que « ces enfants comprennent moins le sens et les exigences » de l’école, qu’ils sont moins « initiés à la culture scolaire », analyse l’AFEV.

 

A la maison, 24 % disent n’être « jamais aidés » par leurs parents pour faire leurs devoirs (contre 7 % des autres enfants). « Le travail scolaire à la maison est particulièrement discriminant, souligne Valérie Pugin. Les conditions matérielles, le niveau d’études des parents et parfois leur niveau de français font que ces derniers ne sont pas toujours armés pour aider leur enfant lorsqu’il n’a pas compris une leçon ou un exercice. »

 

« L’enquête n’a pas la prétention d’analyser les mécanismes qui produisent les inégalités », précise Mme Pugin. Elle a toutefois le mérite de montrer qu’on peut« agir à tous les niveaux, et pas seulement à l’école, pour lutter contre : dans l’environnement familial, sur le temps périscolaire, extrascolaire… L’ensemble des acteurs éducatifs portent une responsabilité ».

 

Source : Le Monde

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