Retour sur le colloque « Monde Arabe et Révolutions »

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Le Samedi 30 Novembre 2013, l’UOIF a organisé un colloque ayant pour objet le monde arabe et les processus révolutionnaires à l’aune du Printemps Arabe.

 

Près de 150 personnes sont venues écouter des spécialistes s’exprimer sur des thématiques liées aux changements politiques survenus dans la région nord-africaine et moyen-orientale depuis Janvier 2011.

 

Après le discours du Président et la présentation de la thématique, nous avons débuté la journée avec une mise en perspective à propos du rôle joué par les institutions politiques européennes ainsi que le traitement opéré par les médias occidentaux. Hossam Chaker, consultant en médias a décrit la façon dont le coup d’Etat en Égypte a été perçu en Europe et la lecture qui a en été faite par les principaux médias européen.

 

Il était accompagné dans cette table-ronde par Emre Demir, fondateur et rédacteur en chef deZaman France. Emre Demir a exposé les évolutions de la diplomatie turque sous le gouvernement de Racep Erdogan. Ces deux intervenants ont posé la question des choix diplomatiques des grandes puissances internationales ainsi que le dilemme entre soutien populaire et pragmatisme de la realpolitik.

 

L’échange avec le public a permis d’approfondir la question de la stratégie turque vis-à-vis des pays arabes et du rôle de la Turquie dans la région.

 

La table-ronde sur les implications des jeunes dans les mouvements révolutionnaires a permis de donner la parole à des acteurs de terrain de premier plan. Le voyage a débuté avec Amin Karker, président des Jeunes Tunisiens de France, une association réunissant des jeunes de la diaspora tunisienne en France autour de projets éducatifs et sociaux. Il a rappelé les risques liés au désengagement des jeunes après l’euphorie révolutionnaire.

 

Logique historique factuelle, Islam Awad-Abdou s’est ensuite exprimé pour rappeler les modalités du soulèvement en Égypte tout en insistant sur la continuité des mouvements populaires qui ont connu leur apogée lors des protestations qui ont suivi le coup d’Etat de Juin 2013. Islam Awad-Abdou a enfin rappelé la persévérance et la créativité d’une jeunesse égyptienne qui n’est pas prête à capituler devant l’injustice et la violence d’Etat.

 

Puis nous nous sommes intéressés à la Libye avec Hamza Garrush, jeune enseignant franco-libyenqui s’est engagé dans le mouvement de protestation du 17 Février 2011.

 

Après avoir mis en avant le caractère inattendu du soulèvement contre le Général Gaddafi, HamzaGarrush a dépeint un pays où les logiques territoriales ont un rôle central et où le potentiel en termes de reconstruction politique, économique, sociale et urbaine est considérable.

 

Enfin, pour clore ces présentations, Ihssene Nalouti, membre fondateur de Syrians & Friends Paris a exposé la situation humanitaire dramatique en Syrie et les problèmes rencontrés par les grandes agences humanitaires. Le paradoxe du soutien étatique dans les actions d’urgence vis-à-vis des victimes de la violence de l’Etat a été posé par Ihssene Nalouti comme facteur explicatif de l’inactivité relative de la communauté internationale humanitaire.

 

Elle a ensuite montré comment de nouvelles fenêtres d’opportunités pouvaient être investies par les jeunes organisations humanitaires libres de leur positionnement politique.

 

L’après-midi a débuté avec une session qui a réuni trois leaders religieux, Ahmed Jaballah, le PèreMichel Lelong et Tareq Oubrou. Ce dernier a ouvert le débat en abordant la question de la sécularisation en terre d’Islam. Père Lelong à sa suite, a diffusé une onde d’espoir en montrant que le chemin de la coopération entre Chrétiens et Musulmans était non seulement nécessaire mais devait être une priorité pour les communautés religieuses. Enfin, Ahmed Jaballah a traité de la question de l’évolution de l’identité dans le monde musulman avec les nouveaux défis posés à des sociétés arabes en mouvement permanent.

 

Dans un second temps, nous avons consacré une place de choix à un échange entre StéphaneLacroix, professeur à Sciences-Po, Isabelle Mandraud, journaliste au Monde et Meherzia Labidi, vice-présidente de l’Assemblée Constituante Tunisienne. L’enjeu de ce débat était de réunir sur une même scène une personnalité politique, une personnalité académique et une journaliste.

 

Stéphane Lacroix nous a permis de comprendre le rôle de l’Etat profond en Égypte et de l’action de l’armée depuis la révolution du 25 Janvier 2011 en décortiquant les dispositifs constitutionnels et législatifs tout en explicitant les relations entre les différents partis politiques avec l’Etat. Il a ainsi démystifié la pratique du pouvoir durant la présidence du président déchu Mohamed Morsi.

 

Isabelle Mandraud, journaliste au Monde a parlé d’une situation peu connue, celle de la Libye. Elle a présenté l’histoire du conflit armé ainsi que de l’implication de groupes aux intérêts divergents dans la transition post-conflit. Elle a enfin développé l’hypothèse de la reconversion desdjihadistes dans la lutte politique pacifique par les urnes en partant de l’exemple d’AbdelhakimBelhadj.

 

La vice-présidente de l’ANC tunisienne, Meherzia Labidi a permis à la salle d’avoir le point de vue d’une actrice politique impliquée dans la gestion d’un pays sortant de 25 années de dictature. Elle a mis en lumière les difficultés rencontrées par Ennahdha en tant que parti à référent islamique, notamment en termes d’image sur le plan national et international. Elle a également insisté sur la nécessité de se départir d’une vision unique des partis islamistes en insistant sur le caractère national spécifique de chaque parti selon sa propre trajectoire et l’espace dans lequel il s’inscrit.

 

La séance de clôture a réuni Roland Dubertrand et le Président Amar Lasfar. Chargé des affaires religieuses au Quai d’Orsay, Roland Dubertrand a présenté les grandes lignes de la politique étrangère de la France vis-à-vis des changements dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient.

 

Ce colloque a donné à l’UOIF une nouvelle occasion d’insister sur l’intérêt qu’elle porte aux transitions postrévolutionnaires et son attachement à l’établissement de l’Etat de droit et de la justice dans une région avec laquelle la France et les Musulmans de France entretiennent une relation privilégiée.

 

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