UOIF : « Il y a une responsabilité de l’Etat français dans l’échec du CFCM »

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L’UOIF (Union des organisations islamiques de France) a organisé mercredi 19 juin une conférence de presse afin de présenter son nouveau président Amar Lasfar, élu le 9  juin, en présence d’Ahmed Jaballah, l’ancien président par intérim. La principale fédération d’associations musulmanes de France est revenue sur les causes de son retrait du CFCM (Conseil français du culte musulman). Zaman France était présent.

 

L’UOIF s’était déjà retiré du CFCM avant d’y revenir. Pourquoi vous êtes-vous retiré cette fois-ci ?

 

Nous voulions arrêter les ingérences politiques étrangères. Le CFCM doit être la voix unique de l’islam et des musulmans de France. Aujourd’hui, le CFCM a créé davantage de divisions entre les musulmans de France, à partir de leur appartenance ethnique, comme si on parlait d’une organisation internationale qui regroupe des pays étrangers. Dès le départ de sa création, nous (l’UOIF) avions constaté qu’il y avait une logique à garder les musulmans de France autour de leur appartenance d’origine. Avec les générations qui arrivent, nous devons voir les choses autrement. Nous avons participé au CFCM afin de faire évoluer les mentalités.

 

Comment expliquer cet échec ?

 

Après notre retrait il y a deux ans, nous voulions alors sortir de ces clivages avec la nouvelle réforme que nous avions approuvée. On a réussi à réformer les structures mais pas les mentalités. Mais le problème demeure purement politique. On ne peut pas représenter les musulmans en consultant telle ou telle chancellerie. Il y a une responsabilité de l’Etat français dans l’échec du CFCM. On prend à la légère l’islam de France. Le CFCM avant de représenter les musulmans doit d’abord les défendre, ensuite les servir, puis les représenter.

 

Le CFCM est donc inutile ?

 

C’est un très bon cadre juridique, mais ce n’est pas la bonne gouvernance, la bonne méthode. Ce ne sont pas ses partenaires que l’on doit changer, c’est sa politique. Quant à la présidence tournante, nous avons compris qu’elle ne nous sera pas attribuée avant 2017 ! Alors même que les deux autres fédérations, Grande mosquée de Paris (GMP) et Rassemblement des musulmans de France (RMF) l’ont déjà pilotée à deux reprises depuis sa création. Que reproche-t-on exactement à l’UOIF ?  On reste ouvert au dialogue mais on ne veut pas se précipiter.

 

Quelles seront les grandes lignes de votre mandat ?

 

Ma vision est claire, nous marcherons dans les traces de nos prédécesseurs. Je me considère comme un animateur d’équipe. La représentation sera un dossier phare de mon mandat : «Comment représenter les musulmans de France ?» La jeunesse est un axe prioritaire. Premièrement, les former à être musulmans. On ne peut pas avoir des musulmans dans notre pays sans les former et les éduquer. Accentuer l’ouverture vers les autres cultes. Nous devons encourager le dialogue. Mais également investir dans l’éducation de la communauté, l’enseignement privé compris. Il y a actuellement 23 établissements d’éducation privés, ils seront une trentaine à la rentrée. Enfin, nous devons continuer à cultiver l’islam citoyen : comment banaliser l’islam dans notre pays, pour qu’on arrête de regarder les musulmans de France d’abord comme musulmans. Et cultiver l’esprit de fierté d’appartenir à la nation française et être un élément positif dans notre pays.

 

Que pensez-vous de la multiplication des actes islamophobes ?

 

Il y a une vraie inquiétude des musulmans de France. A part le préfet du Val-d’Oise, lors de l’agression de la jeune femme voilée et enceinte à Argenteuil, la classe politique est restée silencieuse, alors qu’elle s’était mobilisée par exemple lors de la fausse agression antisémite du RER D en 2004. Nous ne pouvons pas accepter ce climat d’islamophobie qui se banalise de plus en plus. Des gens nous contactent pour nous dire qu’ils ont peur. C’est grave que des citoyens perdent confiance en l’égalité et en l’état de droit. Mais on ne va pas sombrer dans la culture qui consiste dire que la France n’aime pas l’islam. La France n’est pas un pays islamophobe. Mais il faut alerter les pouvoirs publics et faire cesser ce genre d’affaires en saisissant systématiquement la justice.

 

Source : ZamanFrance

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