Pourquoi je porte le voile.

Voile mon choix

Pourquoi portes-tu le voile ? Si vous m’aviez posé la question à 16 ans, je vous aurais répondu : « Le voile ? Mais voyons, c’est pour Dieu, évidemment ! » Au fil du temps, ma vision du hidjab a connu de nombreuses transformations et aujourd’hui, bien que les aspects spirituels demeurent, je réalise combien le hidjab fait surtout partie intégrante de mon identité.

 

Nos croyances, nos choix vestimentaires ainsi que nos goûts personnels, sont des facettes de notre identité qui évoluent perpétuellement. En fait, le tempérament, la culture, et l’environnement dans lequel on évolue sont tous des facteurs qui contribuent à forger notre personne.

 

Dernièrement, de nombreuses musulmanes pratiquantes m’ont témoigné trouver difficile les confrontations qu’elles subissent quotidiennement. Elles ressentent constamment l’obligation de justifier leurs choix. D’un côté, il y a les plus orthodoxes qui voient en la différence une menace à l’identité collective et religieuse. De l’autre côté, il y a des incrédules pour qui l’affirmation et l’individualité de la femme musulmane deviennent des menaces aux préjugés qu’ils cultivent.

 

Moi-même, je ne peux compter le nombre de fois où je me suis senti coincé entre l’arbre et l’écorce, trop ceci ou pas assez cela. D’ailleurs, récemment, le chroniqueur, non-musulman, d’un journal populaire partageait la photo d’une jeune musulmane coquette en lui reprochant un « manque de pudeur ». Pourtant, nulle part n’est-il dicté un modèle standard que la femme musulmane est forcée de suivre.

 

Prenez l’exemple de ma famille ; nous sommes quatre femmes complètement distinctes. Ma mère porte le hidjab de façon très sobre, moi je le porte de manière très colorée. L’ainée de mes soeurs a passé sa jeunesse à le mettre et à l’enlever, tandis que l’autre est plutôt conventionnelle. Autant cette pluralité est espérée, autant elle laisse les gens perplexes : « Mais, pourquoi n’êtes-vous pas toutes pareilles, n’avez-vous pas le même Dieu ? ».

 

En pratique, il n’existe pas de modèle unique représentant la femme musulmane. Par conséquent, les justifications et motivations derrière le port du voile peuvent être aussi nombreuses que le sont celles qui choisissent de le porter. Bien que la foi soit l’élément de raccord au coeur de cette diversité, les choix que font ces femmes et les explications qu’elles détiennent diffèrent. Dans ce cadre d’idées, l’exposition Et Voilà ! Le voile musulman dévoilé, présentée au Musée des religions du monde, reflète bien cette vaste diversité chez les musulmanes.

 

En réalité, que l’on décide de porter le hidjab un jour et l’enlever le second, que l’on se fasse coquette ou sobre, que l’on se baigne en public ou en privé, ces choix ne devraient être ni d’ordre public ni interprété comme étant de mauvaise foi. Qu’advient-il du « vivre et laisser vivre » et du droit de la femme d’habiller son corps au gré de ses envies ?

 

La mauvaise foi réside plutôt dans le fait de prêcher l’émancipation des femmes tout en voulant faire taire l’individualité de celles qui l’expriment à leur manière. Rappelons qu’au-delà de la liberté d’expression, de la liberté de conscience et du droit de porter un symbole religieux, existe aussi la liberté d’esprit, soit celle de n’être opprimé ni au nom d’une religion ni au nom d’une laïcité.

 

Auteur : Elsy Fneiche (psychoéducatrice dans des écoles de Montréal)

Publié sur lapresse.ca et sur 15mars-libertes.com

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