L’aumônerie musulmane des hôpitaux se structure lentement

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Une charte a été rédigée, le circuit des nominations clarifié… Même s’il reste encore fort à faire, en matière de formation notamment, l’aumônerie musulmane dans les hôpitaux s’institutionnalise progressivement.

 

La conception qu’elle a de son rôle reste toutefois fortement modelée par les attentes de l’hôpital.

 

Jusque-là, Khadidja Louanoughi était bénévole à l’hôpital Cochin, à Paris, où elle visitait les familles confrontées à la maladie, parfois au deuil. Un jour, elle a été appelée par un service qui accueillait « une dame du Koweït, pour lui faire comprendre qu’elle devait respecter le règlement ».Son intervention ayant été couronnée de succès, elle est depuis payée à mi-temps et se dit « très respectée par les médecins ». Malgré ses craintes, son voile n’a jamais posé problème. Lorsqu’elle est appelée en urgence la nuit, Khadidja, parce qu’elle n’a pas de voiture, doit prendre le taxi « à ses frais » mais elle trouve cela « normal ».

 

« La seule chose qui me gêne, c’est que, faute de bureau, je dois recevoir les gens à la cafétéria ou devant l’ascenseur, y compris en cas d’enterrement », reconnaît la jeune femme. « Beaucoup de gens me demandent également où prier. Moi, je me dis  : chaque chose en son temps. »

 

C’est pour recueillir le témoignage de ses équipes, mais aussi pour leur rappeler le cadre juridique de leur mission et leur présenter la Charte de l’aumônerie musulmane hospitalière que l’aumônier national, Abdelhaq Nabaoui, jeune diplômé de la formation des « imams » à l’Institut catholique de Paris, nommé en 2008 par le Conseil français du culte musulman, les a réunies vendredi matin 5 avril.

 

« ON NOUS APPELLE SOUVENT AU DERNIER MOMENT »

 

Parce qu’il ne dispose « même pas de quoi leur offrir un café », la rencontre était hébergée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Une trentaine d’aumôniers y ont participé, en poste pour la plupart dans les 37 établissements de l’AP-HP, et rejoints par quelques collègues provinciaux, confrontés – comme en Haute-Normandie – à une pauvreté de moyens bien plus grande encore…

 

Les problèmes soulevés sont multiples  : besoin à la fois d’une formation théologique de base et « complémentaire » à la laïcité, au droit, à la psychologie et à l’écoute, réticences encore de certains soignants qui conduisent le plus souvent les aumôniers musulmans à attendre dans leur bureau qu’on les appelle, mais aussi faiblesse des rémunérations proposées et difficulté à trouver des bénévoles dans la durée…

 

Avec leurs mots et leurs souvenirs, les participants ont aussi relaté ces situations de tensions – parfois entre cultes, sur l’utilisation d’une chapelle par exemple – et ces « affrontements parfois violents » entre soignants et patients, le plus souvent dus à des « incompréhensions » quant au geste médical proposé ou au sexe de la personne chargée de l’accomplir. « On nous appelle souvent au dernier moment », a regretté Abdelkader Khali, en poste à Necker et à la Pitié-Salpêtrière, mettant aussi en cause cet « islam d’Internet et ces patients qui se prennent pour des imams et veulent t’imposer leur vision »…

 

« 30 À 40 AUMÔNIERS SONT RÉMUNÉRÉS AU PLAN NATIONAL CONTRE 3 IL Y A DIX ANS »

 

Ici ou là, l’aumônier national a promis d’intervenir. Des « séminaires » d’une journée ou plus vont également être prochainement proposés, basés sur des « études de cas », a-t-il assuré, annonçant également la création d’une association de soutien à l’aumônerie hospitalière destinée à récolter des fonds. Il a surtout tenu à insister sur les progrès déjà réalisés : certains ont reconnu qu’ils étaient « perceptibles sur le terrain ». Une charte a été publiée l’an dernier qui précise les objectifs de l’aumônerie et le cadre – la laïcité notamment – dans lequel elle s’inscrit.

 

Le circuit des nominations a été clarifié  : désormais, le conseil régional du culte musulman ou l’association musulmane locale peut « proposer » un candidat mais seul l’aumônier national officialise cette décision. L’objectif étant d’éviter ce que les aumôniers « redoutent par-dessus tout », affirme un proche du dossier, à savoir l’entrée au sein de l’hôpital, sous le couvert d’activités cultuelles mais parfois aussi culturelles, de « membres des mosquées voisines, parfois salafistes ».

 

« Jusqu’en 2007, la plupart des aumôniers étaient des imams, et rares étaient ceux qui parlaient français. Aujourd’hui, c’est le cas de la quasi-totalité d’entre eux », met en avant Abdelhaq Nabaoui, qui rappelle également que « 30 à 40 aumôniers sont rémunérés au plan national contre 3 il y a dix ans ».

 

« PATIENCE ET CIVISME »

 

Les progrès sont donc réels, si l’on se souvient en outre qu’à la différence des aumôneries musulmanes de l’armée et des prisons, celle des hôpitaux ne correspondait pas à une demande du ministère de la santé. Et qu’elle bute de surcroît sur l’autonomie financière et administrative des établissements, chargés dans la circulaire de 2006 de « fixer les effectifs d’aumôniers, en tenant compte de l’importance des établissements, de leur rayon d’attractivité et des données démographiques ».

 

Sa « structuration » devrait donc prendre encore du temps, comme le reconnaît Abdelhaq Nabaoui qui appelle ses équipes « à la patience et au civisme ». « Il faut comparer ce qui est comparable », a-t-il répondu à ceux qui lui demandaient que « le CFCM les aide financièrement, comme l’Église le fait pour les aumôniers catholiques »…

 

Anne-Bénédicte Hoffner

source : la-croix.com

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